Interview – Alexandre EVRARD – Co-fondateur de ETTELIOT

Alexandre EVRARD – Co-fondateur de ETTELIOT

Peux-tu nous raconter ton parcours jusqu’à la création d’ETTELIOT ?

J’ai toujours suivi une trajectoire qui me semblait naturelle, en construisant mon parcours professionnel comme une évolution logique. Mais pour bien comprendre mon cheminement, il faut revenir à mon histoire personnelle, car elle a fortement influencé mon identité et mes choix.

J’ai grandi au Luxembourg, dans une famille de six enfants, avec des parents ingénieurs. Être le cinquième signifiait qu’il fallait savoir s’imposer pour être entendu. En parallèle, étant dyslexique, j’ai dû me battre pour obtenir ce que je voulais.

À 10 ans, une rencontre m’a profondément marqué : un ami de la famille fabriquait des bateaux à voile. Cela a fait naître en moi un rêve : concevoir et construire des bateaux. Mon objectif était clair, je voulais devenir architecte naval.

À 12 ans, j’ai vécu une épreuve difficile : la perte de mon frère aîné. Ce moment tragique a profondément changé ma perception du temps. J’ai compris qu’il était précieux et qu’il ne fallait pas en perdre.

Au lycée, j’ai rencontré ma compagne. Nous sommes ensemble depuis 19 ans et aujourd’hui, nous avons un petit garçon de 3 ans. Je suis convaincu que notre parcours de vie est façonné par les rencontres, et cela a joué un rôle clé dans mon développement personnel et professionnel.

Quelles ont été les étapes clés de ton parcours jusqu’à la création d’ETTELIOT ?

J’ai commencé ma carrière en travaillant pour une entreprise allemande spécialisée dans la construction de yachts et de voiliers. J’y faisais de la conception assistée par ordinateur (CAO) pour la fabrication d’outillage pour l’assemblage des bateaux. En parallèle, j’étais moniteur de voile pendant mes études.

Mes études et mon expérience de moniteur de voile m’ont permis de travailler sur l’un des plus grands chantiers navals en Allemagne. Après six ans, à 27 ans, j’ai pris une pause de six mois pour voyager avec ma compagne à travers l’Amérique du Sud. Ce voyage a été motivé par une soif de découverte et d’exploration.

En 2015, j’ai commencé à échanger avec mon futur associé, Gustav, docteur en sciences de l’environnement. Nos discussions ont débouché sur l’idée de créer un produit innovant. C’est dans un van, en plein échange, que nous avons commencé à esquisser notre projet, tout en poursuivant nos activités respectives.

En 2017, j’ai eu l’opportunité de revenir en France pour travailler chez Privilège Marine aux Sables-d’Olonne, en tant que responsable de production.

En 2020, je prends une décision radicale : je démissionne. J’en avais assez de jongler entre des directives contradictoires entre la France et l’Allemagne. J’arrive à Nantes le 15 mars 2020 avec la conviction que si quelque chose ne me convient pas, c’est à moi d’agir.

En avril 2020, je contacte Gustav et nous décidons de nous lancer pleinement dans l’aventure. Fin août, nous signons notre premier client avec un contrat de 60 000 euros.

En 2021, notre projet est reconnu : nous intégrons Atlanpole, un hub d’innovation à Nantes, après avoir pitché devant un jury. C’est une grande reconnaissance de mon parcours. En parallèle, nous rejoignons l’IMT Atlantique, qui incube des projets technologiques innovants.

En avril 2022, je participe au salon du véhicule d’aventure, où nous réalisons nos 10 premières ventes. Les banques nous suivent et nous embauchons notre premier alternant.

En 2023, nous lançons une levée de fonds, clôturée en 2024 avec un total d’1,5 million d’euros. Aujourd’hui, ETTELIOT compte neuf collaborateurs.

D’où vient le nom ETTELIOT ?

C’est tout simplement « toilette » écrit à l’envers ! (rires)

Tu t’es lancé en pleine période de Covid. Beaucoup auraient hésité. Qu’est-ce qui t’a poussé à continuer ?

J’avais la sécurité du chômage, pas de charges, pas de contraintes majeures. J’y ai vu une opportunité : deux ans pour construire un projet avec un financement stable.

Pas de peur particulière à ce moment-là ?

Non, parce que je voyais plus une opportunité qu’un risque. On était dans un moment où les gens se posaient des questions sur l’écologie, la résilience et les solutions durables. C’était le bon timing.

Quelles ressources t’ont aidé dans cette transition ?

J’ai pu m’appuyer sur mon réseau, sur des incubateurs et des aides publiques. Atlanpole a aussi été une ressource précieuse. Et bien sûr, les échanges avec d’autres entrepreneurs ont été une vraie source d’inspiration et de conseils.

Au niveau personnel, mon énergie, mon envie d’explorer et de créer un produit fonctionnel, ma persévérance et ma résilience ont été essentielles.

Mais je dois beaucoup au soutien de ma compagne, de mon mentor chez Atlanpole, de mon parrain du Réseau Entreprendre, de mon frère et de Gustav, qui, bien qu’il ne soit pas salarié, est un soutien clé du projet.

Chaque rencontre a semé une graine dans la construction du projet.

Quelles compétences de ton passé t’ont été utiles ?

Mon expérience dans l’industrie m’a appris à gérer des processus industriels et à structurer un projet.  Le fait d’avoir travaillé dans des grandes structures m’a aussi aidé à comprendre comment structurer une entreprise.

J’ai acquis des compétences essentielles :

  • La gestion du temps et des délais
  • L’approche analytique et la résolution de problèmes
  • La capacité à fédérer une équipe
  • La gestion de la charge de travail et le savoir-faire en délégation

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un en reconversion ?

Tester ses idées avant de se lancer à 100 %. Parler à des gens qui ont déjà fait ce chemin. Et surtout, ne pas avoir peur de l’échec, car c’est souvent une étape essentielle du processus.

Il faut aussi savoir accepter les critiques constructives, bien s’entourer et apprendre de chaque échange.

Avec le recul, referais-tu les mêmes choix ?

Oui, sans hésiter. Chaque étape m’a appris quelque chose d’important et m’a amené là où je suis aujourd’hui.

Je ne regrette rien, mais avec l’expérience, j’optimiserais certaines étapes : aller plus vite sur certains sujets, me poser moins de questions et foncer sans trop réfléchir.

Pourquoi fais-tu ce que tu fais ?

Parce que j’ai envie d’avoir un impact réel sur l’environnement et de proposer une solution durable et innovante.

Parce que résoudre des problèmes me passionne. Aujourd’hui, 3,5 milliards de personnes n’ont pas accès à des installations sanitaires sûres. L’assainissement est un enjeu majeur de santé publique et environnementale.

L’équipe a conçu un système de toilettes autonomes qui ne nécessite ni eau potable ni produits chimiques. Mon objectif avec l’équipe est de répondre à un besoin essentiel tout en respectant l’environnement.

J’aime créer des solutions utiles, qui ont du sens pour tous. Les toilettes concernent tout le monde !

Qu’est-ce qui t’anime au quotidien ?

Le défi constant d’innover et de faire avancer le projet. Voir les réactions positives des utilisateurs et savoir qu’on apporte une solution utile.

Le défi, l’humain, la commercialisation, les aspects juridiques et techniques… J’aime résoudre cette équation complexe qui fait le quotidien d’un entrepreneur.

Quelle est ta contribution et quel impact veux-tu avoir ?

Je veux améliorer la vie des gens grâce à une solution durable, et participer à un assainissement accessible à tous, en préservant une ressource précieuse : l’eau potable.

Quelles valeurs t’ont guidé dans cette aventure ?

  • L’authenticité
  • La durabilité
  • L’écologie
  • L’humain et la collaboration
  • La combativité et la persévérance
  • L’engagement écologique

Quel est ton défi quotidien ?

Trouver l’équilibre entre l’envie de créer, l’action et la réflexion. Trouver du financement et convaincre de nouveaux partenaires. Être en bonne santé, passer du temps avec ma famille et avancer sur mon projet. Trouver cet équilibre nécessite des compromis, mais c’est ce qui fait la richesse de l’aventure entrepreneuriale.

Merci Alexandre pour cet échange  !

Interview réalisée vendredi 7 février 2025.

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