Interview avec Émilie François-Diehl, co fondatrice de de Re-vert
Pas trop stressée de répondre à mes questions ? Tu as peut-être l’habitude des interviews ?
Un peu stressée, je ne parle pas souvent de moi. J’ai du mal à utiliser le « je » pour parler de mon entreprise, je préfère dire « on ». Mais bon, comme nous sommes deux actuellement, je peux dire « nous » (rire).
Peux-tu me raconter ton parcours professionnel jusqu’à ta reconversion ?
J’ai grandi dans une famille d’entrepreneurs. Mon père était fier que je devienne ingénieure, alors j’ai suivi cette voie. J’adorais les sciences, mais une fois en poste, j’ai eu le sentiment que le travail d’ingénieur ne correspondait pas complètement à mes attentes. J’ai commencé chez Suez , dans le traitement des déchets spéciaux. J’ai toujours été attirée par la relation avec les différentes parties prenantes et la co-construction de solutions, car pour moi, la coopération est essentielle pour avancer.
Pourquoi ce besoin de comprendre le client, interne ou externe ?
Parce qu’on n’écoute pas toujours assez les besoins des autres . Moi, j’aimais construire des offres sur mesure, répondre précisément à leurs problématiques. J’ai toujours valorisé le bon sens et le pragmatisme dans mon travail.
Ensuite, tu es partie vivre aux Pays-Bas, c’est bien ça ?
Oui, en 2006. On a démissionné avec mon compagnon pour s’y installer. J’ai travaillé sur un site de production et de R&D pharmaceutique et j’ai adoré la culture du changement. Tout était direct, pragmatique, sans résistance au changement. Cette flexibilité et ouverture d’esprit correspondaient totalement à mes valeurs.
Et ensuite, tu es restée dans l’industrie pharmaceutique ?
Oui, on a été racheté et j’ai évolué dans un grand groupe pharmaceutique, toujours en lien avec l’environnement et la réglementation. J’avais un rôle de coordination transversal. Mais j’ai commencé à ressentir un écart entre mes valeurs personnelles et ce que je pouvais vraiment faire. Dans une grosse structure c’est difficile de faire bouger les choses.
Quand as-tu su que tu voulais devenir indépendant ?
J’ai une valeur indépendance importante. Mon père, et mes grands-parents étaient indépendant. Culture de famille. Quitter le salariat pour le statut d’indépendance, je n’ai pas eu de peur.
Quelles valeurs ou aspirations profondes ont guidé tes choix de te réorienter ?
Plusieurs éléments ont été déterminants. Tout d’abord, ma conviction que l’écologie doit être au cœur de notre manière de produire et de consommer. Je voulais que mon travail ait un impact concret sur l’environnement en réduisant le gaspillage et en favorisant l’économie circulaire.
Ensuite, la coopération est une valeur essentielle pour moi. J’ai toujours cru que l’on peut accomplir de grandes choses en unissant les forces de différents acteurs. C’est pourquoi je veux créer du lien entre les entreprises, les associations et les collectivités pour qu’ensemble, elles trouvent des solutions durables.
Le respect et l’humilité sont aussi des piliers de mon approche. Je pense qu’on ne peut avancer que si l’on est capable d’écouter les autres et de reconnaître la valeur de chaque contribution.
L’engagement et l’audace sont également essentiels : oser entreprendre, sortir des sentiers battus et croire en ses idées, même quand elles vont à contre-courant.
Enfin, la liberté d’agir en accord avec mes valeurs a été un moteur fort. J’ai voulu sortir d’un cadre trop rigide où je ne pouvais pas toujours aligner mes actions avec mes principes. Aujourd’hui, je peux façonner un projet qui me ressemble vraiment et qui me permet d’être indépendante tout en travaillant au service du collectif.
Qu’est-ce qui t’a poussé à envisager une reconversion professionnelle ?
Plusieurs éléments m’ont amenée à cette réflexion. Tout d’abord, j’étais frustrée par l’inertie et le gaspillage des ressources que j’observais dans mon environnement professionnel. J’avais envie de contribuer à un changement concret.
Ensuite, j’ai rencontré Julie via LinkedIn, et nous avons rapidement partagé l’envie de monter un projet ensemble. L’idée de travailler avec une associée me stimulait, notamment pour brainstormer et confronter nos idées.
Nous avons intégré l’incubation à Maia Mater, organisée par la Cantine numérique, ce qui nous a permis de structurer notre projet. Nous avions notre « pourquoi » : arrêter le gâchis via l’économie circulaire et créer une plateforme d’échange de ressources. Mais il nous manquait encore le « Comment ».
Grâce à un mentor, nous avons pu travailler sur l’étude de marché et le business model, ce qui a été une étape déterminante et une très chouette expérience. L’idée s’est affinée autour de l’échange de ressources entre entreprises, un besoin réel et une opportunité d’impact positif sur l’environnement.
C’est ce qui a motivé ta rupture conventionnelle en 2018 ?
Exactement. Je voulais retourner sur le terrain, faire du concret. J’ai profité de cette période pour retaper ma maison et me poser les bonnes questions. La liberté de choisir et d’agir selon mes principes était essentielle pour moi.
Pourquoi as-tu choisi l’économie circulaire ?
C’était un écho naturel à mes expériences. J’avais vu beaucoup de gaspillage de ressources en industrie. Je trouve essentiel de lutter contre le gaspillage et de redonner du bon sens à notre utilisation des ressources. J’ai donc suivi un Master spécialisé en économie circulaire à Rennes en 2019.
Comment est né le projet Re-vert ?
Lors d’un stage dans une petite structure, j’ai réalisé que l’inertie des grandes entreprises ne me convenait plus. J’ai rencontré Julie sur LinkedIn, et on a eu envie de monter une plateforme pour réduire le gaspillage des ressources industrielles. Cela correspondait parfaitement à mon engagement écologique et à ma volonté d’agir.
Tu ne voulais pas entreprendre seule ?
Non, j’ai toujours aimé travailler en équipe. J’ai besoin d’interactions pour échanger des idées et avancer. La coopération et le partage sont des valeurs fondamentales pour moi.
Qu’est-ce qui t’anime au quotidien dans ton travail ?
Ce qui m’anime, c’est la conviction que chaque ressource mérite une seconde vie.
Mais au-delà de ça, mon vrai moteur c’est d’établir du lien entre les acteurs pour encourager la collaboration (la connexion) au bénéfice d’un meilleur environnement. (Son « Pourquoi« )
La connexion entre les entreprises, les associations et les collectivités et ne plus penser en silo sont essentielles pour construire un modèle plus durable.
Cela fait sens pour la planète, et c’est ce qui me pousse à continuer chaque jour.
Quelle contribution souhaites-tu avoir avec Re-vert ?
Je veux changer les mentalités en entreprise et dans l’industrie. Mon objectif est d’accompagner les acteurs économiques vers des pratiques plus durables, en démontrant que l’économie circulaire peut être un levier de performance autant qu’une nécessité écologique. Je veux être un moteur du changement, faciliter la transition et rendre le réemploi accessible à tous.
Quel impact espères-tu générer à long terme ?
J’aimerais que Re-vert contribue à la réduction massive des déchets industriels, en créant des synergies locales fortes entre entreprises. Mon but est d’instaurer une nouvelle norme : que le réemploi devienne un réflexe pour toutes les organisations, et que les ressources soient gérées de manière intelligente et responsable.
Je mesure l’impact de mon travail de plusieurs façons : le taux de déchets évités, la réduction des impacts environnementaux, et surtout les liens qui se créent entre les acteurs. Ce qui me motive particulièrement, c’est de voir que ces connexions permettent aux entreprises et associations d’apprendre à travailler ensemble, avec un bénéfice collectif. Quand les acteurs économiques réalisent qu’ils peuvent s’entraider et optimiser leurs ressources en collaborant, c’est une vraie victoire.
Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui envisage une reconversion professionnelle ?
Avant tout, il faut oser. Se poser la question : « Qu’est-ce que tu risques ? » (Rire).
Ensuite, il est essentiel de bien s’entourer et de se faire accompagner. Parler à des personnes qui ont déjà fait ce chemin, rejoindre des réseaux, des incubateurs, ou même suivre une formation adaptée peut vraiment aider à structurer son projet.
Un autre point clé est d’accepter que la reconversion ne soit pas un chemin linéaire. Il faut être prêt à tester, ajuster et parfois pivoter en fonction des retours et des opportunités qui se présentent.
Enfin, il faut prendre du plaisir dans ce que l’on fait. Se lever chaque matin avec enthousiasme est un bon indicateur que l’on est sur la bonne voie. La persévérance et l’adaptabilité sont des atouts majeurs pour réussir sa transition.
Et aujourd’hui, quel bilan tires-tu de cette aventure entrepreneuriale ?
J’ai trouvé du sens à mon travail. Je fais quelque chose de concret qui correspond à mes valeurs : l’écologie, la coopération, la liberté et le bon sens. Je ne regrette rien, même si c’est parfois difficile.
Merci beaucoup Émilie pour ton partage d’expérience inspirant !
Interview réalisée jeudi 30 janvier 2025.
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